Usages, participation, démocratisation de l’innovation

Responsables de l’axe : Michael Baker & Brice Laurent

Dans la période récente, de profonds changements sont intervenus dans la relation entre les producteurs et les consommateurs, entre les experts et les citoyens profanes, entre la sphère publique et la sphère privée, entre le marché, l’Etat et la société civile : les producteurs ont pris conscience du potentiel créatif des usagers et cherchent à en tirer parti.

En second lieu, la diffusion de l’usage des TIC suscite l’émergence de communautés qui déplacent les frontières de l’innovation et des marchés (communautés open source, open innovation, nouvelles pratiques culturelles).

Enfin, l’intervention de collectifs d’usagers, d’activistes ou de citoyens dans secteurs aussi divers que la santé, l’énergie ou l’environnement contribue à la démocratisation des choix scientifiques et techniques.

Les équipes des Mines (CSI) et de Télécom ont été pionnières dans l’étude de cette évolution, notamment en popularisant le concept de démocratie technique, avec une double originalité :

  • un accent mis sur les collectifs d’usagers, le rôle des TIC dans leur constitution et leur impact sur l’innovation
  • une recherche développée avec les acteurs de terrains, suscitant un dialogue qui se poursuit après la fin des programmes de recherche.

Le programme de recherche se déploie dans quatre directions

1. Nouvelles frontières entre marchand et non-marchand.

Les différents types de collectifs – usagers, consommateurs, activistes, citoyens – tendent à intervenir simultanément dans des sphères usuellement considérées comme séparées (économique, politique, humanitaire, social). Par ailleurs, les entreprises elles-mêmes s’efforcent d’intégrer l’expertise de ces collectifs d’usagers dans leurs activités. L’ambition serait de devenir un centre de référence sur cette dynamique d’hybridation, avec en particulier un accent mis sur les mouvements de va et vient entre les activités marchandes et non marchandes.

2. Politisation de l’innovation.

Des collectifs inédits ont souvent réussi à s’établir comme des participants légitimes à des débats qui ne les attendaient pas. On a ainsi évoqué l’émergence d’une « citoyenneté biologique » pour qualifier la participation d’organisations de patients à certaines innovations biomédicales (comme les tests génétiques). Le cas des nanotechnologies, ou des architectures numériques distribuées, montre par ailleurs que les groupes de citoyens, d’activistes, de consommateurs s’immiscent dans les débats sur les technologies, loin du traditionnel modèle top down de l’évaluation technico-économique, et contribuent à la « mise en politique » de l’innovation au moment où elle se développe. Le projet permettra de confronter ces domaines explorés séparément jusque-là par les différentes équipes.

3. Démocratisation et innovations numériques.

De nombreuses innovations apportées par les TIC alimentent les processus de participation des usagers et des citoyens dans la création scientifique et technique en permettant à des groupes concernés de se structurer, à des formes de débat public d’émerger, aux échanges entre innovateurs et usagers de se multiplier. Comment peut-on évaluer les effets de ces innovations TIC sur les dynamiques de la démocratisation ? Nous proposons de traiter cette question à partir d’une série de configurations d’innovation déjà étudiées dans différentes équipes participant à i3 : l’ouverture publique des données numériques ; la mutation des formes d’expression artistique à l’ère du numérique ; la place inédite du consommateur dans les industries culturelles « numérisées » ; le développement de nouveaux liens sociaux grâce à des formes de coordination et d’action en ligne.

4. Interactions, activités et usages.

Le comportement des usagers, les formes d’organisation qui se manifestent dans les manières concrètes dont ils raisonnent et interagissent en situation, « au milieu » des choses, l’ordonnancement à la fois pratique et moral de leurs activités en train de se faire contribuent simultanément à des formes originales de détournement, et à des micro-effets de pouvoir et d’exclusion dont la mise en évidence requiert des méthodes et des approches spécifiques.  Il s’agira ici:

  • d’étudier notamment les méthodes qui cherchent à analyser l’activité telle qu’elle se fait : enregistrements audio et vidéo, verbalisations en situation, enregistrements en contexte de mobilité, fouilles de données ;
  • d’identifier des compétences peu reconnues, tacites et peu conceptualisées, souvent inscrites dans des comportements corporels et langagiers finement ajustés aux environnements technologiques et à leurs propriétés ;
  • de réfléchir à la manière dont le design peut s’approprier les connaissances ainsi produites et les mettre au service de l’innovation.