Clément Marquet

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Sociologie

Sujet de thèse : Enjeux sociotechniques des technologies numériques dans les espaces urbains

Quels impacts les technologies numériques ont-elles sur la forme urbaine ? Que change le numérique à la fabrique de la ville ? Ces questions sont régulièrement l’objet, depuis les premiers développement de la cybernétique, de réflexions menées par architectes (Schöffer 1969), urbanistes (Eveno 2004, Wachter 2011), géographes (Dupuy 2004, Graham, Marvin 2001, Bakis 2013) tantôt formulées comme des prophéties, tantôt comme des états de lieux venant tempérer les élans des prophètes. Je souhaite reprendre à mon tour une réflexion sur les interactions entre les technologies numériques et les espaces urbains, sur cette tension étrange entre l’immatériel et le matériel, l’information et le bitume, les données informatiques et l’aménagement urbain. La multiplication des périphériques connectés, qu’ils soient portés par les citadins (smartphone, carte RFID) ou dans l’espace public (sous forme de capteurs), s’accompagne de nouvelles médiations entre les acteurs de la ville (citadins, décideurs) et leur environnement. Les données informatiques qui nourrissent les interfaces prennent ainsi une importance nouvelle, et la conception de dispositifs connectés susceptibles d’acquérir des données semble devenir une étape essentielle pour toute organisation cherchant à résoudre un problème urbain. La donnée est un nouvel eldorado politique et économique, perçue comme une mesure neutre, libre de toute idéologie politique (Kitchin 2014). Cette neutralité politique des données et technologies numériques est remise en cause par de nombreuses études dénonçant les politiques néolibérales qui accompagnent le développement de la smart city (Hollands 2008, Townsend 2013, Vanolo 2013, Irani 2015) ou proposant des programmes de recherche qui visent à interroger les dispositifs numériques développés dans les espaces urbains (Kitchin 2014, Gabrys 2014, Luque, Marvin, 2015). Cette thèse s’inscrit dans une tel questionnement, tout en s’efforçant de ne pas succomber d’emblée aux sirènes d’un certain « pessimisme technologique » qui serait caractéristique des études STS de la ville (Coutard, Guy 2007). Je prends pour point de départ l’idée que le développement de tels dispositifs n’est pas sans conséquence sur la nature des problèmes à résoudre. Les solutions connectées mobilisent en effet tout un ensemble sociotechnique qui tend à redéfinir les contours du problème (Akrich 1989a, 1993c) : qui est légitime et qui ne l’est pas, sur qui repose l’effort de résolution, qui est exclu etc. Les données et les dispositifs d’acquisition participent ainsi à la reconfiguration des assemblages urbains (Farias, Bender 2012), notion renvoyant aux configurations entre espaces urbains, dispositifs numériques et acteurs, tant dans leurs relations actuelles qu’aux processus en devenir et aux représentations qui les habitent. Cette thèse propose ainsi d’étudier ces agencements entre dispositifs numériques, espaces urbains, industriels, start-up et publics d’utilisateurs, d’habitants, de groupes concernés.